Grit Groupe de Recherche sur l'Image et le Texte
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RÉFÉRENCE
RASSART-EECKHOUT Emmanuelle, « Proverbes en rimes et Proverbes illustrés. Invitation à une lecture mixte à la fin du XVe siècle », dans TILLEUIL Jean-Louis (sous la dir. de), Théories et lectures de la relation image-texte, Cortil-Wodon, E.M.E., 2005, p. 121-136 (coll. « [TEXTE-IMAGE] »).

Emmanuelle Rassart-Eeckhout
Docteur en philosophie et lettres (langues et littératures romanes), Emmanuelle Rassart a poursuivi des recherches sur l’emploi des expressions figurées (proverbes, locutions, comparaisons...) (...) Plus...

article

[conclusion]

Proverbes en rimes et Proverbes illustrés. Invitation à une lecture mixte à la fin du XVe siècle

L
A nouveauté des PR [Proverbes en rimes] et des PI [Proverbes illustrés] tient exclusivement à la combinaison ingénieuse de l’image et du texte pour construire le sens :
-  dans les deux recueils, le dessin remplit à plusieurs reprises un rôle narratologique en identifiant l’instance énonciatrice en l’absence de toute indication textuelle ;
-  çà et là, le dessin permet d’éclaircir certains vers obscurs dans la strophe ;
-  enfin, le dessin participe à la structuration binaire des deux recueils (surtout dans les PI).

Les danses macabres illustrées, dont la structure métrique et la mise en pages sont pourtant très proches des PR, ne tirent pas le même profit de l’image pour ajouter du sens au texte. La ronde alternée des vifs et des morts — les doubles décharnés de chaque vivant — répète la structure dialogique du texte tout en traduisant visuellement son idée générale, à savoir l’universalité de la mort. Pour preuve de ce degré moins abouti dans la complexité du message mixte, le texte de la Danse macabre est né indépendamment de toute illustration, à la différence des PR et des PI. Aucun manuscrit illustré ne semble en outre avoir existé.

La triple fonction de l’image (connectrice, narratologique et sémantique) dans la construction du sens des PR et des PI m’incite à considérer les deux recueils comme des textes littéraires à part entière. Conçus par un écrivain pour fonctionner au sein d’un recueil illustré, ils ne peuvent être réduits à de simples catalogues de modèles à l’usage des peintres ou tapissiers.

Malheureusement, les progrès de l’imprimerie et de l’humanisme étoufferont dans l’œuf le genre illustré de façon éphémère par les PR et les PI. L’imprimerie à ses débuts ne permet pas encore la souplesse de la mise en pages des PI ; la parémiographie érasmienne [1] induit quant à elle un retour au didactisme, bien éloigné du ton léger et imagé des PR et des PI.


[1] La deuxième édition de ses Adages, les Adagiorum chiliades (Venise, Alde Manduce, 1508), compte plus de 3000 adages suivis de deux tables (alphabétique et thématique). L’introduction méthodologique (Quid sit paroemia ?) manifeste une conception « savante » de l’adage radicalement différente des emplois médiévaux du proverbe, de la locution et de la sentence.

Référence : RASSART-EECKHOUT Emmanuelle, « Proverbes en rimes et Proverbes illustrés. Invitation à une lecture mixte à la fin du XVe siècle », dans TILLEUIL Jean-Louis (sous la dir. de), Théories et lectures de la relation image-texte, Cortil-Wodon, E.M.E., 2005, p. 121-136 (coll. « [TEXTE-IMAGE] »).
 
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Envoyer un mail au GRIT - Mise à jour : mercredi 16 décembre 2015