Grit Groupe de Recherche sur l'Image et le Texte
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RÉFÉRENCE
CARION Jacques et WATTHEE-DELMOTTE Myriam, « De l’illustration littéraire au livre de dialogue : le cas du surréalisme, l’exemple d’André Masson », dans TILLEUIL Jean-Louis (sous la dir. de), Théories et lectures de la relation image-texte, Cortil-Wodon, E.M.E., 2005, p. 137-155 (coll. « [TEXTE-IMAGE] »).

Jacques Carion
Après avoir exercé la plupart des métiers du livre, et tout en suivant de près, au sein de différents organismes, l’évolution de ces métiers, Jacques Carion donne des cours consacrés au champ éditorial et à la (...) Plus...

Myriam Watthee-Delmotte
Myriam Watthee-Delmotte est agrégée de l’enseignement supérieur, maître de recherches du Fonds National de la Recherche Scientifique (F.N.R.S.), et chargée de cours à l’Université catholique de (...) Plus...

article

[introduction]

De l’illustration littéraire au livre de dialogue
Le cas du surréalisme, l’exemple d’André Masson

L
’illustration littéraire se présente comme une traduction en tension entre deux sources qui exigent chacune leur fidélité : il s’agit d’une part de transcoder en images un texte d’origine qui est premier chronologiquement et doit le rester hiérarchiquement, et d’autre part de refléter l’interprétation personnelle et contextuelle qui témoigne de la réception dudit texte. Le cas des illustrations surréalistes est éclairant à ce sujet : les codes de l’esthétique surréaliste étant facilement repérables lorsqu’ils s’appliquent à un texte qui n’appartient pas à ce mouvement, il devient aisé de percevoir comment les textes se trouvent récupérés au profit de l’esthétique nouvelle.

À partir de l’exemple d’André Masson, le plus prolixe des illustrateurs surréalistes, et dans le prolongement de travaux antérieurs [1], nous mènerons ici une réflexion sur la double exigence interprétative de l’illustration littéraire, et mettrons en lumière le tournant irrévocable qui s’est effectué au début de ce siècle dans l’histoire du livre illustré, qui devient désormais un livre de dialogue. Dans un premier temps, nous montrerons en quoi l’esthétique cubiste a révolutionné la pratique et la conception de l’illustration littéraire, préparant ainsi le terrain aux artistes surréalistes. Ensuite, nous aborderons le cas d’André Masson en observant d’abord en parallèle l’évolution du peintre (cubiste, puis surréaliste) et de l’illustrateur, puis la particularité de son travail d’illustrateur lorsqu’il s’applique à des textes n’appartenant pas à l’esthétique surréaliste.

Traitant à la fois de textes, d’images et d’imaginaire, nous essaierons ici de comprendre les images illustratives et leur rapport aux textes littéraires concernés à la lumière des théories de Gilbert Durand [2]. Nous verrons ici en quoi cette typologie permet de cerner ce qui est en jeu, du point de vue de l’imaginaire, dans le travail d’illustration qui consiste à proposer certaines images pour certains textes.


[1] Voir, dans les Carnets des échanges interdépartementaux / Notebooks of the Interdepartmental Exchange. Texte, Image : croisements de langages, partages d’imaginaires / Text, Image : Crossings of Languages, Sharings of Imaginaries, n° 3, novembre/November 2001, Louvain-la-Neuve / Amherst (U.S.A.), Départ. d’études romanes (U.C.L.) / Depart. of Comparative Literature and French and Italian Studies (UMASS), l’article de Jacques CARION, « What does Illustration Have to Offer a Text ? Jean Ray’s Malpertuis and the Comte de Lautréamont’s Chants de Maldoror » (p. 9-22), et de Myriam WATTHEE-DELMOTTE, « Maldoror vu par Dalí et consorts : l’illustration surréaliste existe-t-elle ? », dans Jean-Louis TILLEUIL et Myriam WATTHEE-DELMOTTE (sous la dir. de), Texte, image, imaginaire. Actes du colloque de Louvain-la-Neuve (29/11 - 01/12/2001), à paraître chez L’Harmattan, coll. « Structures et pouvoirs des imaginaires ».

[2] Gilbert DURAND, Les Structures anthropologiques de l’imaginaire, Paris, Dunod, 1992. Soucieux d’établir les règles d’un sémantisme objectif de l’image, il part du postulat que le sens figuré d’une image prime sur son sens propre dès lors que l’image est de nature symbolique, c’est-à-dire que sa syntaxe ne peut se séparer de son contenu : sa forme même exprime le « trajet anthropologique » de son créateur, soit l’équilibre opéré entre les désirs impératifs (et non nécessairement conscients) du sujet et les intimations extérieures, contextuelles, dont il fait l’objet. Durand propose dès lors une classification structurale des contenus de l’imaginaire à partir des trois grands réflexes dominants définis par Piaget : les dominantes de verticalisation, de nutrition et de copulation. À celles-ci correspondent trois grands groupes de schèmes : les schèmes diacritiques et verticalisants, d’une part, les schèmes de la descente et de l’intériorisation, d’autre part, et, enfin (à leur intersection), les schèmes rythmiques avec leurs nuances cycliques et progressistes. Il groupe cette tripartition en deux régimes (polarités) de l’image, l’un diurne (celui de l’antithèse, de la distinction), l’autre nocturne (celui des euphémismes, de la confusion), qui correspondent selon lui à deux manières opposées de lutter contre le temps dévastateur et la mort : le diurne par la verticalité, la volonté de conquête et de séparation, le nocturne par la volonté de repos, la notion de profondeur et d’assimilation. Il montre ensuite comment ces classes archétypales déterminent des genres structuraux et décrit les structures « schizomorphes » de l’imaginaire, les structures dites « mystiques » et (en position médiane) les structures « synthétiques ».

Référence : CARION Jacques et WATTHEE-DELMOTTE Myriam, « De l’illustration littéraire au livre de dialogue : le cas du surréalisme, l’exemple d’André Masson », dans TILLEUIL Jean-Louis (sous la dir. de), Théories et lectures de la relation image-texte, Cortil-Wodon, E.M.E., 2005, p. 137-155 (coll. « [TEXTE-IMAGE] »).
 
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Envoyer un mail au GRIT - Mise à jour : mercredi 16 décembre 2015