Grit Groupe de Recherche sur l'Image et le Texte
1, place Blaise Pascal - B-1348 Louvain-la-Neuve (Belgique) - tél. +32 (0)10 47 49 24 - fax +32 (0)10 47 25 79 - grit@rom.ucl.ac.be

RÉFÉRENCE
RASEMONT Dany, « Tango (1987), Tango (1998) : la réédition comme révélatrice des spécificités de la bande dessinée », dans TILLEUIL Jean-Louis (sous la dir. de), Théories et lectures de la relation image-texte, Cortil-Wodon, E.M.E., 2005, p. 279-291 (coll. « [TEXTE-IMAGE] »).

Dany Rasemont
Professeur de français à l’Athénée Royal Louis Delattre de Fontaine-L’Evêque, Dany Rasemont s’intéresse particulièrement à l’articulation de l’image au texte. Avec ses élèves, il (...) Plus...

article

[introduction]

Tango (1987), Tango (1998) : la réédition comme révélatrice des spécificités de la bande dessinée

E
N 1998, les éditions Casterman rééditaient Tango, dixième tome des aventures de Corto Maltese, par Hugo Pratt [1]. La réédition se voulait dans l’air du temps : couverture rajeunie, offre d’un CD audio pour accompagner la lecture — l’époque était à la montée en puissance du multimédia —, colorisation des planches — crainte d’une désuétude du noir et blanc ? —... D’un autre côté, la couverture rigide du volume, l’ajout de la couleur et de documents divers (textes critiques ou informatifs, pastels de Pratt...) offraient au volume une présentation faisant nettement signe vers le « beau livre », ce qui était justifiable dans la mesure où Pratt avait atteint, par rapport à la première édition Casterman, en 1987 [2], à une plus grande reconnaissance internationale, au-delà même du seul champ de la bande dessinée.

Cependant, il serait naïf de ne pas considérer que la réédition est avant tout une opération commerciale qui, en l’occurrence, misait sur la modernisation et sur la beauté de l’objet pour obtenir un succès principalement financier. Tango posait néanmoins un problème « de taille » : dans la première édition Casterman, le volume, documents compris, ne comptait que 64 pages, avec une couverture souple qui le rapprochait matériellement davantage des magazines de librairie que des beaux livres d’art. Les éditions Casterman ont résolu ce problème en doublant le nombre de pages, par l’adjonction de documents divers, que l’on saluera de bonne grâce, mais aussi par l’agrandissement des vignettes, qui est beaucoup plus gênant. Il s’agit en effet, dans ce dernier cas, d’une intervention directe sur l’œuvre de Pratt, œuvre qui n’en reste pas indemne dans l’organisation des vignettes, bien sûr, mais aussi dans celle des strips et des planches, comme nous le verrons. Par son interventionnisme, la réédition de 1998 met indirectement en évidence les éléments de la pratique de Pratt qui en font un auteur de bande dessinée au talent reconnu et particulier ; au-delà, il sera aussi question des lois explicites et implicites du genre « bande dessinée », dont le non-respect entraîne des effets discutables, et dans certains cas désastreux.


[1] Hugo PRATT, Tango, Tournai, Casterman, 1998 (dorénavant signalé par l’abréviation R98).

[2] Hugo PRATT, Tango, Tournai, Casterman, 1987 (dorénavant signalé par l’abréviation E87).

Référence : RASEMONT Dany, « Tango (1987), Tango (1998) : la réédition comme révélatrice des spécificités de la bande dessinée », dans TILLEUIL Jean-Louis (sous la dir. de), Théories et lectures de la relation image-texte, Cortil-Wodon, E.M.E., 2005, p. 279-291 (coll. « [TEXTE-IMAGE] »).
 
1, place Blaise Pascal - B-1348 Louvain-la-Neuve (Belgique) - tél. +32 (0)10 47 49 24 - fax +32 (0)10 47 25 79
Envoyer un mail au GRIT - Mise à jour : mercredi 16 décembre 2015