Grit Groupe de Recherche sur l'Image et le Texte
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RÉFÉRENCE
MARLET Pierre, « De l’autofiction en bande dessinée : le trio Monsieur Jean, Dupuy et Berberian », dans TILLEUIL Jean-Louis (sous la dir. de), Théories et lectures de la relation image-texte, Cortil-Wodon, E.M.E., 2005, p. 293-309 (coll. « [TEXTE-IMAGE] »).

Pierre Marlet
Membre fondateur du GRIT, Pierre Marlet oriente ses recherches sur la relation image-texte dans la bande dessinée. Romaniste de formation (U.C.L.), il a complété son parcours par des études en (...) Plus...

article

[introduction]

De l’autofiction en bande dessinée
Le trio Monsieur Jean, Dupuy et Berberian

L
A peur donne des ailes... Lorsqu’ils découvrent, stupéfaits, cette expression (« Par Thor ! », « Par Odin ! », « Par exemple ! ») [1], les Normands, rudes guerriers qui ignorent la peur, décident d’entreprendre un « voyage d’études » : puisqu’elle donne des ailes, cette peur leur permettra de voler... Tel est le thème de cette étrange aventure d’Astérix le Gaulois : une expression linguistique prise au pied de la lettre. Le ton est donné : plus que toute autre avant elle, cette aventure se fera sous le signe de la dérision, incarnant pleinement cet esprit Pilote, du nom de la revue qui accueille « Les aventures d’Astérix le Gaulois » et qui devient, au cœur des années 1960, un foyer de création important avec de jeunes auteurs tel Gotlib qui partage avec Goscinny le goût de l’humour au second degré. Un humour qui va précisément connaître son heure de gloire dans les productions soixante-huitardes.

Le jeu sur le code et le langage est conforme à l’air du temps : les années 1960 voient, en littérature, l’épanouissement du Nouveau Roman et, au cinéma, de la Nouvelle Vague. Ces courants littéraire et cinématographique partagent le souci d’une recherche formelle allant parfois jusqu’à la déconstruction. Mais entre Astérix et les nouveaux courants littéraires, il y a un réel fossé : le Nouveau Roman et la Nouvelle Vague c’est aussi et surtout la présence d’un métalangage et celle d’un je narrateur qui joue avec un tu lecteur. Point question de tout cela dans l’univers d’Astérix : l’aventure se clôt sur le traditionnel retour à l’ordre initial symbolisé par l’habituel banquet. Quant à la narration, elle est conforme aux autres albums d’Astérix, même si çà et là perce une interpellation directe d’un personnage adressée au lecteur, sur le mode de Bébel dans À bout de souffle de Jean-Luc Godard, film mythique de la Nouvelle Vague. Ainsi, lorsque le balourd Obélix raisonne et comprend tout seul qu’Assurancetourix est parti pour Lutèce, Panoramix nous gratifie de ce commentaire : « Ce garçon devient vif, par instants ! » [2]. Osons dès lors un parallèle entre l’univers d’Astérix et la Nouvelle bande dessinée, car l’ironie du druide résonne comme l’écho des dialogues à la fois subtils et mordants de la bande dessinée contemporaine.


[1] René GOSCINNY et Albert UDERZO, Les aventures d’Astérix le Gaulois. T. 9. Astérix et les Normands, Neuilly-sur-Seine, Dargaud, 1966, p. 9, vignette 10.

[2] Ibid., p. 33, v. 9.

Référence : MARLET Pierre, « De l’autofiction en bande dessinée : le trio Monsieur Jean, Dupuy et Berberian », dans TILLEUIL Jean-Louis (sous la dir. de), Théories et lectures de la relation image-texte, Cortil-Wodon, E.M.E., 2005, p. 293-309 (coll. « [TEXTE-IMAGE] »).
 
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Envoyer un mail au GRIT - Mise à jour : mercredi 16 décembre 2015