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RÉFÉRENCE
BARBALATO Beatrice, « Matriarcat et androgynie dans La gatta Cenerentola [la chatte Cendrillon] de Roberto De Simone », dans TILLEUIL Jean-Louis (sous la dir. de), Théories et lectures de la relation image-texte, Cortil-Wodon, E.M.E., 2005, p. 339-351 (coll. « [TEXTE-IMAGE] »).

Beatrice Barbalato
Professeur à l’Université catholique de Louvain, Beatrice Barbalato consacre ses recherches et ses publications aux expressions culturelles qui rassemblent littérature et arts de la mise en scène (...) Plus...

article

[introduction]

Matriarcat et androgynie dans La gatta Cenerentola [la chatte Cendrillon] de Roberto De Simone

La gatta Cenerentola, conte en musique de Roberto De Simone, a été représenté pour la première fois au

F
ESTIVAL dei due mondi de Spolète en 1976. Depuis, le succès national et international se prolonge, même s’il s’agit d’une œuvre récitée et chantée en napolitain.

Le présent essai analyse quelques-unes des caractéristiques transversales de l’œuvre, à partir de deux éléments clés de l’appareil critique du sémiologue Youri Lotman : la sémiosphère et le dialogue [1]. Comme la biosphère « comprend l’ensemble de la matière vivante et a la fonction de transformer l’énergie diffusée par le soleil en énergie physique et chimique » [2], la sémiosphère est un continuum sémiotique, un ensemble dynamique « dont la division en parties est uniquement une nécessité heuristique ».

Pour Lotman, le dialogue interne d’un champ sémiotique doit aussi être étudié à la lumière de l’asymétrie [3]. En effet, ce dialogue présente souvent deux tendances : l’une en rapport avec la réalité extratextuelle, orientée vers l’interprétation et la codification « fermée » des contenus qui se conservent dans la mémoire d’une culture et poursuivent une certaine praticité ; l’autre est caractérisée par une croissance autonome de la sémioticité, dans un libre jeu de modèles et de classifications. Dans les analyses de Lotman, le concept de dialogue doit mettre en relation ces deux lignes porteuses, qui sont posées l’une par rapport à l’autre de façon asymétrique.

Les concepts de sémiosphère et de dialogue permettent d’un côté de définir la trame qui relie les différentes matrices constitutives de La gatta Cenerentola (historiques, anthropologiques, musicales, littéraires... ; ces matrices ne peuvent séparément expliquer le rythme, l’intelligence et l’impact émotif du spectacle), de l’autre côté ils favorisent la mise au point des liens extratextuels du conte.

Dans cet essai, on analysera deux noyaux principaux de l’œuvre : 1) le matriarcat, un archétype qui remonte à l’origine mythique du conte, présent dans des versions aujourd’hui encore répandues en Italie et dans la région du Magne dans le Péloponnèse ; 2) l’androgynie, l’éphébique, un caractère culturel vivant dans la région de Naples depuis l’Antiquité [4].

La dramatisation de ces archétypes, qui sont aussi confrontés à la mort et à l’autodestruction, réussit à modeler un jeu baroque dans le spectacle, à travers des répétitions et des oppositions entre des codes qui sont redondants et atténuent le ton sérieux. Il y a aussi un côté énigmatique dû à la pluralité des significations affirmées et niées en même temps : De Simone a construit l’œuvre avec des assonances/dissonances entre les différents registres expressifs.

L’objectif de cette étude est de mettre en lumière quelques interprétations et figurations scéniques récurrentes qui permettent de mieux comprendre la structure sous-jacente et le sens du spectacle.


[1] Youri LOTMAN, La semiosfera. L’asimmetria e il dialogo nelle strutture pensanti, Venezia, Marsilio, 1985.

[2] Ibid., p. 56 : « On peut supposer que des systèmes constitués d’éléments clairement séparés l’un de l’autre et fonctionnellement univoques n’existent pas dans la réalité, dans une condition d’isolement. Leur division en parties est seulement une nécessité heuristique. En effet, aucune de celles-ci prise séparément n’est capable de fonctionner réellement. Elle le fait uniquement si elle est immergée dans un continuum sémiotique plein de formations de types divers placé à différents niveaux d’organisation ».

[3] Ibid., p. 91-100. On verra également : Tzvetan TODOROV, Mikhaïl Bakhtine, le principe dialogique, Paris, Seuil, 1981 ; Beatrice BARBALATO, « Il dialogo », dans Repertori letterari e televisione, Bruxelles, Van Balberghe, 1997, p. 61-76.

[4] Cf. Roberto DE SIMONE, Il segno di Virgilio, Napoli, Stampa et Ars, 1982.

Référence : BARBALATO Beatrice, « Matriarcat et androgynie dans La gatta Cenerentola [la chatte Cendrillon] de Roberto De Simone », dans TILLEUIL Jean-Louis (sous la dir. de), Théories et lectures de la relation image-texte, Cortil-Wodon, E.M.E., 2005, p. 339-351 (coll. « [TEXTE-IMAGE] »).
 
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Envoyer un mail au GRIT - Mise à jour : mercredi 16 décembre 2015