Grit Groupe de Recherche sur l'Image et le Texte
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RÉFÉRENCE
DEKONINCK Ralph et WATTHEE-DELMOTTE Myriam, « “Ce qu’on désire, on le croit aussi” : l’idolâtrie pygmalionesque entre antiquité et modernité », dans DEKONINCK Ralph et WATTHEE-DELMOTTE Myriam (sous la dir. de), L’idole dans l’imaginaire occidental, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 325-350 (coll. « Structures et pouvoirs des imaginaires »).

Myriam Watthee-Delmotte
Myriam Watthee-Delmotte est agrégée de l’enseignement supérieur, maître de recherches du Fonds National de la Recherche Scientifique (F.N.R.S.), et chargée de cours à l’Université catholique de (...) Plus...

Ralph Dekoninck
RALPH Dekoninck est docteur en philosophie et lettres (histoire de l’art) et Professeur à l’Université catholique de Louvain. Spécialiste de l’histoire des pratiques et des théories de (...) Plus...

article

[introduction]

« Ce qu’on désire, on le croit aussi »
L’idolâtrie pygmalionesque entre antiquité et modernité

S
I la dimension artistique n’est pas constitutive de l’imaginaire entourant l’idolâtrie, elle n’en représente pas moins l’un de ses éléments déterminants, souvent mis en évidence par ceux qui cherchèrent à en sonder les principaux mécanismes. Autrement dit, s’il peut y avoir idole sans art, celui-ci apparaît bien comme l’un des incitants majeurs à l’adoration idolâtre. Le tout est cependant de savoir ce qu’il faut entendre par art et selon quelles modalités celui-ci intervient dans le commerce des regards en jeu dans la relation de l’homme aux images à toute époque. Car c’est bien dans l’évolution de cette notion, entre antiquité et modernité, que se jouent d’importants glissements dans la manière de penser l’idolâtrie. Plutôt donc que de se demander, à la manière de David Freedberg [1], comment les anciens pouvoirs religieux de l’image continuent à sous-tendre la pensée de l’art, telle qu’elle s’impose à la Renaissance, il s’agit d’envisager la manière dont la question esthétique a pu intervenir avant l’« ère de l’art », pour dans un second temps s’interroger sur les transformations que l’avènement de cette ère apporte dans la façon de traiter la question de l’idolâtrie, héritée de la tradition chrétienne. Plus précisément, c’est à la rencontre de cette dernière avec la tradition antique, ressuscitée par la Renaissance, qu’il faut chercher les points de tension entre art et religion, entre délectation esthétique et adoration religieuse. Nous verrons que le problème de l’illusion mimétique et du supplément esthétique se trouve au cœur de cette rencontre et que celle-ci ne marque véritablement ses effets qu’au XVIIIe siècle. Afin de rendre compte de cette évolution, l’histoire littéraire de la figure de Pygmalion s’avère des plus éclairantes, car elle cristalise quelques-uns des principaux enjeux de la problématique de l’idolâtrie dans sa relation à l’art, en posant la question du rapport de l’artiste à son œuvre dont il devient l’adorateur médusé.


[1] D. FREEDBERG, Le pouvoir des images, trad. fr. A. Girod, Paris, Gérard Monfort, 1998. Sur la base d’une démarche comparative et anthropologique, Freedberg défend la thèse d’une certaine continuité dans les réactions que suscite l’image à travers le temps. Il prend ainsi position contre la démarche plus historique de Belting pour qui il y a rupture entre ce qu’il nomme l’ère d’avant l’art et celle de l’art, qui succède à la Réforme. H. BELTING, Image et culte. Une histoire de l’art avant l’époque de l’art, trad. fr. F. Muller, Paris, Cerf, 1998. Voir également D. FREEDBERG, « Holy Images and Other Images », The Art of Interpreting, éd. S.C. Scott, University Park (Pennsylvanie), The Pennsylvania State University, 1996, p. 68-87. O. CHRISTIN, « Du culte chrétien au culte de l’art : la transformation du statut de l’image (XVe-XVIIIe siècles) », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, 49 (2002), p. 176-193.

Référence : DEKONINCK Ralph et WATTHEE-DELMOTTE Myriam, « “Ce qu’on désire, on le croit aussi” : l’idolâtrie pygmalionesque entre antiquité et modernité », dans DEKONINCK Ralph et WATTHEE-DELMOTTE Myriam (sous la dir. de), L’idole dans l’imaginaire occidental, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 325-350 (coll. « Structures et pouvoirs des imaginaires »).
 
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Envoyer un mail au GRIT - Mise à jour : mercredi 16 décembre 2015