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RÉFÉRENCE
DÉOM Laurent, « Jean-Louis Foncine : éléments pour une poétique du “Pays perdu” », dans Cahiers Robinson, n° 25, 2009, p. 61-72.

Laurent Déom
Laurent Déom est maître de conférences à l’université Charles de Gaulle - Lille 3, où il enseigne la littérature de jeunesse. Il collabore également aux projets scientifiques et aux activités éditoriales du (...) Plus...

article

[conclusion]

Jean-Louis Foncine : éléments pour une poétique du « Pays perdu »

A
INSI le processus de picturalisation mis en place pour présenter le « Pays perdu » mène-t-il à l’avènement d’une nouvelle vie, sur le plan de l’imaginaire à tout le moins. Ce faisant, il rejoint la destinée d’une poésie procédant de la rêverie, à propos de laquelle Christian Chelebourg remarque que, « en tant qu’élan de créativité, elle est expérience naturelle de la surnature à laquelle l’homme aspire, car s’abandonner au dynamisme de la rêverie, c’est prendre le chemin du dépassement de soi et de sa “condition” [1] ». Si le « Pays perdu » est une terre aventureuse, c’est avant tout en relation avec une aventure ontologique qui suit la pente de l’imagination bachelardienne, pour laquelle « nos images, loin de nous renvoyer à notre intériorité coupée du réel, nous mettent en symbiose avec la texture cachée du cosmos et nous permettent d’accéder à une surréalité [2] ». Engagée dans un tel processus, l’image ne constitue plus seulement un supplément esthétique, ni même l’expression d’un fantasme subjectif, mais elle dispose d’une valeur ontophanique en exprimant la nostalgie de l’être. En même temps, elle vient s’opposer à cette dernière, puisqu’elle tend à supprimer, par sa présence, le manque qui causait la douleur : pour guérir de la nostalgie, écrit Jankélévitch, il suffit de rentrer chez soi [3]. De cette façon, alors que l’exergue de la première partie du Foulard de sang, citant Alain-Fournier, évoquait « le mystérieux passage et l’antichambre du pays » dont le chemin a été perdu [4], Les Chroniques du Pays perdu offrent elles-mêmes cette voie. En définitive, si Foncine est le « romantique » que l’on a dit parfois [5], ce n’est pas seulement en raison des thèmes et des motifs qui parcourent son œuvre, dont on a pu percevoir des échos dans les pages précédentes [6], et dont il s’agirait d’étudier avec précision les caractéristiques esthétiques. C’est aussi parce qu’il installe aux fondements de sa poétique l’image et la rêverie, porteuses de « l’épiphanie de la surréalité du monde [7] », dans lesquelles se confondent la présentation et la représentation [8]. C’est enfin en raison de l’importance qu’il accorde à la poétique elle-même, placée au cœur d’une démarche de type métaphysique dont les tenants et les aboutissants, pour l’essentiel, restent à explorer.


[1] Christian CHELEBOURG, Le Surnaturel. Poétique et Écriture, Paris, Armand Colin, coll. « U », série « Lettres », 2006, p. 234.

[2] Jean-Jacques WUNENBURGER, Philosophie des images, Paris, PUF, coll. « Thémis », série « Philosophie », 1997, p. 176.

[3] Cf. Vladimir JANKÉLÉVITCH, L’Irréversible et la Nostalgie [1974], Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1983, p. 340.

[4] Jean-Louis FONCINE, Le Foulard de sang, op. cit., p. 15.

[5] Cf. par exemple Christian GUÉRIN, « La collection romanesque du “Signe de Piste” et le sacré », dans Mélanges de science religieuse, t. LIX, 2002, n° 4, p. 96 ; Jean-Benoît PUECH, « Sur Jean-Louis Foncine », dans Cahiers Robinson, n° 21, 2007, p. 202 ; ou encore, non plus pour Foncine en particulier mais pour la collection « Signe de piste » en général (dans laquelle Les Chroniques du Pays perdu tiennent une place de premier plan), Pascal ORY, « “Signe de piste” : le pays perdu de la chevalerie », dans La Revue des livres pour enfants, n° 134-135, automne 1990, p. 79.

[6] Au travers du mystère, du pittoresque, des Nibelungen, ou encore des figures de Doré ou de Lamartine (mais aussi de Nodier, que l’on n’a pas évoqué dans ces pages mais par rapport auquel « Le Fantôme de la Haute-Solitude » se place dans un rapport d’intertextualité qu’il faudrait approfondir).

[7] Georges GUSDORF, Le Romantisme, t. II : L’Homme et la Nature [1985], Paris, Payot, coll. « Grande Bibliothèque Payot », 1993, p. 76.

[8] Cf. ibid.

Référence : DÉOM Laurent, « Jean-Louis Foncine : éléments pour une poétique du “Pays perdu” », dans Cahiers Robinson, n° 25, 2009, p. 61-72.
 
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Envoyer un mail au GRIT - Mise à jour : mercredi 16 décembre 2015